Après 76 jours de voyage, mon tour du monde prendra fin demain. Une histoire s’achève. Mon rêve de faire le tour de la planète et de franchir tous les océans, Suez, Panama, Gibraltar, est devenu réalité. A par mon « cheval de fer » qui faisait un peu incongru dans ce milieu qui fut celui des premières migrations 3000 à 4000 ans avant Jésus christ, la mer est l'un des seuls endroits qui n'a pas changé depuis des millénaires. Les vagues se font et se défont, toujours au même rythme. J’aurais passé mon temps à contempler cette grande étendue d’eau, à réfléchir, à regarder vivre le bateau. J’ai beaucoup apprécié le rythme du voyage.
Au bout de plusieurs semaines passées à bord je me rends bien compte du vide intérieur qui s’est produit en moi. Je me suis laissé porter tranquillement, sans contrainte. Mais sans jamais ressentir la longueur du temps comme mon entourage pouvait le craindre. Combien de fois ai-je entendu « mais que vas-tu faire de tes journées ? Tu vas trouver le temps bien long » Me connaissant bien pour avoir vécu dans des contrées où le temps libre ne manquait pas, mais sans avoir autour de soi le moyen d’en profiter, je savais que je m’emploierai à des activités difficiles à conduire en d’autres lieux.
D’un tempérament actif, il me faut être en permanence en mouvement. Ici, c’est différent, je suis posé, je vis paisiblement. C’était un moment dépourvu de stress, sans journal, sans téléphone, pas d’embouteillage non plus. J’aurai vécu une période de repos unique dans la durée.
C’est devant mon écran que j’aurai passé le plus clair de mon temps surtout dans les soirées qui n’en finissaient pas sur le Manet. En fait, mon compagnon de route, sans qui je reconnais, tout peut-être aurait été différent. J’ai beaucoup écrit. A ma façon. Je ne suis pas dans mon exercice favori, mais il fallait que je conserve toutes mes sensations ressenties sur le moment. Et puis la vie au ralenti laisse des espaces vite comblés par la réflexion. Sur un transat, les yeux dans le néant, les pensées se perdent. Et une fois replongé dans la vie du quotidien, elles s’oublient, ou ne sont plus ressenties de la même manière. Derrière son « compagnon » de route, elles seront gravées. Je suis sûr que plus tard, en relisant ce que j’ai écrit, je serais surpris. Je sais que j’ai vécu, une merveilleuse expérience que très peu de gens ont l’opportunité de vivre.
Au moment de franchir l’échelle de coupée pour la dernière fois, tout se bouscule dans ma tête. Une multitude d’images défile devant mes yeux ; du bananier au désert, des gens aussi différents les uns des autres, des cultures qui s’opposent, des religions qui déchirent les hommes, des échanges commerciaux qui s’inversent. La planète continue à vivre son temps, mais le temps pour les hommes risque à ne plus être le même. Notre pays doit s’adapter pour ne pas être dépassé.
Si j’aime les départs, j’aime aussi les arrivées. Des moments d’émotions partagés avec ceux que l’on aime.
C’est ça le voyage en cargo
Un grand merci à tous mes Amis qui m’ont suivi dans ce voyage, qui ont partagé avec moi ces moments merveilleux en me laissant quelques messages. J’ai été sensible à vos commentaires.
Et puis merci à tous ceux qui m’ont aidé :
- soit en donnant de leur temps, et je sais que parfois cela n’a pas dû être facile, comme pour mon fils David et mon neveu Vincent qui ont tous deux animés mon blog.
- soit en m’offrant un accueil qui me met en dette pour tant de gentillesse que j’ai reçue de la part de :
Caroline à Tahiti,
Christophe à Nouméa,
Dave et Franki à Napier et Wayne et Bev à Auckland pour la Nouvelle Zélande,
Michael et Tricia à Kuala Lumpur pour la Malaisie.
Merci encore et soyez assuré de ma fidélité.
Many tanks for your kindness. Best regards.
Bernard

